PLAN DE CROISSANCE ET DE TRANSFORMATION VISION DE DÉVELOPPEMENT DE MADAGASCAR À L’HORIZON 2030

Fisandratana 2030 : une ambition forte pour une nouvelle trajectoire de développement

Aujourd’hui un des pays économiquement les plus faibles, Madagascar s’est donné comme ambition de devenir en 2030 un pays à revenus intermédiaires. Le paradoxe malagasy est connu : richement doté en ressources naturelles, Madagascar est également un des pays les moins développés au monde et sa population, depuis son indépendance en 1960, s’est appauvrie. Qu’en sera-t-il en 2030 ? Madagascar a décidé de s’inscrire dans une nouvelle trajectoire de développement, dans le cadre d’une vision de long terme ambitieuse : d’ici 2030, tripler son PIB et faire évoluer le revenu moyen par habitant de 416 US$ aujourd’hui à 1000 US$, et réduire massivement la pauvreté (<25% de la population). Ainsi, Madagascar se rapprocherait en une quinzaine d’années du statut de pays à revenus intermédiaires. Baptisée Fisandratana 2030, cette démarche marque un nouveau départ pour Madagascar.

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Fisandratana 2030 répond à une attente forte des populations vis-à-vis de leur Leadership : la définition d’une vision d’avenir claire pour le pays. En effet, aux yeux des populations, Madagascar ne peut plus, comme par le passé, ériger comme ligne de conduite une attitude réactive face aux urgences du moment. Le développement doit procéder d’un projet de long terme mûrement réfléchi, planifié et exécuté. C’est pourquoi, après des premières années consacrées à remettre Madagascar « sur les rails » suite à la longue phase de crise qui a paralysé le pays entre 2009 et 2013 (relance des institutions, rétablissement des relations internationales et de la coopération internationale, premières réformes et redémarrage de la croissance), le leadership malagasy s’est attelé, à travers à la définition d’une vision d’avenir pour le pays. Fisandratana 2030 donne ainsi l’opportunité au peuple malagasy de prendre son destin en main et de

refonder la nation, autour d’un nouveau pacte social capable de le mobiliser à la réalisation de ses rêves, de ses aspirations, de sa nouvelle ambition.

Fisandratana 2030 va transformer le modèle économique hérité de la colonisation

L’économie malagasy est restée globalement enfermée dans le modèle d’exportation de produits de rente à faible valeur ajoutée. C’est ce qui a conduit au développement des grandes concessions de production des épices tropicales rares (vanille, clou de girofle, cacao, gingembre), à l’extraction intensive des pierres précieuses et de bois tropicaux, matières premières transformées ensuite dans les pays industrialisés. Le système productif malagasy apparaît ainsi désarticulé (développement préférentiel de cultures de rente au détriment des cultures vivrières) et dominé par les services, et notamment par le commerce au détriment de la production agricole et industrielle. Cette spécialisation internationale de Madagascar dans des produits faiblement transformés aura certes permis l’émergence de quelques groupes privés puissants, mais n’a pas suffisamment favorisé les investissements, le développement de l’économie et la réduction de la pauvreté à Madagascar.

Fisandratana 2030 vise une transformation structurelle de l’économie malagasy et son repositionnement à l’international sur des produits à plus forte valeur ajoutée.

Dans ce cadre, sept secteurs deviendront en 2030 les moteurs de l’économie malagasy, en accélérant sa croissance, en transformant la structure du PIB national et en assurant une présence compétitive sur les marchés mondiaux :

L’agriculture vivrière : Madagascar sera en 2030 le grenier de l’Océan Indien. Avec ses terres arables, ses ressources hydrauliques encore peu valorisées et ses rendements aujourd’hui faibles, Madagascar assurera sa sécurité alimentaire et exportera du riz, du maïs, du poisson, des fruits et légumes ou de la viande sur l’ensemble de l’Océan Indien et au-delà. Cette redynamisation de l’agriculture malagasy se traduira par une forte amélioration des revenus des agriculteurs et une réduction significative de la pauvreté.

L’industrie : Madagascar sera en 2030 un bassin industriel dynamique, un « Shenzhen » de l’Afrique. Madagascar est sans doute un des pays au monde qui dispose aujourd’hui le plus d’atouts pour développer une industrie légère à forte intensité de main d’œuvre : des matières premières abondantes pour approvisionner l’industrie, l’accès à un vaste marché de consommation régional et international et une main-d’œuvre importante, travailleuse et à faible coût. Fisandratana 2030 affiche donc une grande ambition industrielle, avec l’objectif d’un million d’emplois industriels d’ici 2030. Pour cela, un levier décisif sera le développement de parcs industriels intégrés adossés à des ports compétitifs et dédiés à l’agro-industrie, à l’industrie textile, le cuir et les industries d’assemblage.

La pêche : Madagascar sera en 2030 un champion de l’économie bleue. Assurant une meilleure connaissance et une meilleure préservation de ses écosystèmes marins, l’économie bleue deviendra une des composantes reconnues de l’offre touristique de Madagascar. Le secteur de la pêche sera également mieux régulé, mieux valorisé localement et diversifiera ses marchés d’exportation.

Les produits agricoles et forestiers rares : Madagascar en 2030 offrira au monde des produits rares issues de sa biodiversité. Madagascar valorisera pleinement les nombreuses espèces issues de sa biodiversité et particulièrement prisées à l’international dans l’aromathérapie, les cosmétiques ou la pharmacopée. Ces filières seront mieux structurées, la qualité des produits renforcée et une fondation BIO Madagascar sera mise en place pour préserver et garantir la gestion durable de ce formidable patrimoine naturel.
Les mines et les pierres précieuses : Madagascar en 2030 deviendra un acteur important du marché mondial des mines et des pierres précieuses. Le pays valorisera et diversifiera ses ressources minières et d’hydrocarbures, dans le cadre d’une politique de gestion durable. Elle deviendra un centre de référence du marché international des gemmes et pierres précieuses, tant pour la qualité de sa production nationale que pour l’expertise de ses artisans tailleurs et joailliers.

Le tourisme : Madagascar sera en 2030 une des destinations touristiques les plus connues et les plus prisées au monde. Parce qu’elle aura su valoriser pleinement son potentiel naturel en préservant sa biodiversité exceptionnelle et sa riche culture, parce qu’elle aura su créer une harmonie entre la nature et le progrès, parce qu’elle aura su devenir un modèle en matière de développement durable, Madagascar aura un positionnement unique, fort et distinctif sur le marché touristique mondial.

Fisandratana 2030 dessinera une nouvelle carte économique de Madagascar, avec des bassins économiques dynamiques sur l’ensemble du territoire, et la commercialisation à l’international des produits locaux transformés avec une forte valeur ajoutée. De nouveaux pôles d’attractivité économique et sociale rééquilibreront l’occupation de l’espace et intégreront dans un ensemble cohérent l’ensemble du territoire national. Ainsi, quatre principaux pôles économiques se dégageront en 2030 :

Le pôle Grand Centre (regroupant les régions Analamanga, Bongolava, Itasy, Vakinankaratra, Alaotra Mangoro, Atsinanana et Analanjirofo) sera en 2030 un pôle économique dynamique, autour d’une double plateforme : industrielle (agro-industrie, textile, mines industrielles, pierres précieuses) et de services (tourisme). Tamatave sera une ville logistique et industrielle, Antananarivo une ville de services et Antsirabe un pôle agro-industriel.

Le pôle Grand Nord, qui regroupe la zone touristique d’Antsiranana à Nosy-Be et la zone de la vanille de Sambava, sera en 2030 une destination mondiale prisée de tourisme et un pôle résidentiel moderne, adossé à un riche bassin agricole et minier. Il deviendra un bassin d’emplois majeur du pays et un pont logistique privilégié avec la péninsule arabique et l’Eurasie.

Le pôle Grand Sud, pauvre aujourd’hui, sera radicalement transformé. Grâce à un développement massif de la production énergétique (à partir du charbon local et éventuellement du gaz), la mise en place de parcs industriels intégrés adossés à une plateforme logistique compétitive sur la route des flux commerciaux entre l’Asie et l’Afrique (dans un premier temps à Fort Dauphin), elle s’imposera en 2030 comme un hub industriel dynamique, le « Shenzhen » de l’Océan Indien, et un grand bassin d’emplois.

Le pôle Grand Ouest se structurera autour des activités liées aux hydrocarbures onshore et offshore, à l’agriculture et au tourisme. L’interconnexion de ce pôle Ouest au réseau national offrira de nouveaux débouchés à sa production, notamment agricole, jusqu’ici relativement isolée du reste du territoire. Le développement du Grand Ouest sera régulé de sorte à ne pas menacer ses écosystèmes et à préserver ses sites exceptionnels. Ce pôle sera ainsi une destination écotouristique rare et prisée.

Fisandratana 2030 favorisera un investissement massif dans le capital humain et les infrastructures, pour soutenir la compétitivité globale de l’économie malagasy et le développement des moteurs de croissance.

Le capital humain malagasy sera pleinement valorisé. Le système éducatif sera transformé en profondeur, pour accompagner toute la jeunesse malagasy vers la citoyenneté et l’employabilité. La malnutrition sera éliminée. Le système de santé de base sera fortement amélioré, et son accès garanti à tous grâce à une couverture maladie universelle et au développement de la santé verte. Une politique dynamique d’emplois, de culture, de loisirs et de sports permettra d’accompagner la formation de la jeunesse, et d’assurer une pleine contribution des
femmes et de la diaspora malagasy dans la marche de développement du pays.

Les infrastructures économiques de base seront fortement développées. Des pôles économiques et urbains compétitifs et agréables à vivre verront le jour, grâce à des investissements accrus dans le transport, les plateformes logistiques et industrielles et le développement urbain, ceci notamment dans le cadre de partenariats publics privés. L’aménagement équilibré du territoire et le développement urbain maîtrisé permettront ainsi d’absorber les importants flux démographiques vers les villes malagasy qui, de 35,7% aujourd’hui, accueilleront 50% de la population malagasy en 2030. La production d’électricité sera multipliée par 5, garantissant un accès à 70% de la population et 85% de l’électricité proviendra des sources renouvelables. Le développement de l’économie numérique sera une priorité, et l’État lancera des projets numériques structurants et à fort impact (identité numérique des citoyens, paiement électronique, numérisation du cadastre). Les riches écosystèmes agricoles, forestiers et aquatiques de Madagascar seront gérés de façon durable, et seront préservés pour les générations actuelles et futures.

L’entrepreneuriat et l’initiative privée seront au cœur du renouveau malagasy

Des réformes radicales seront mises en place pour bâtir un cadre des affaires véritablement favorable à l’entrepreneuriat et au secteur privé. Faire des affaires de façon transparente à Madagascar doit devenir simple et attractif pour tout entrepreneur. Pour cela, des réformes radicales seront menées pour transformer l’écosystème entrepreneurial, mettre en place un statut adapté aux PME et bâtir un cadre des affaires favorable aux investisseurs. Le système financier, aujourd’hui embryonnaire, sera développé et diversifié, pour répondre aux besoins importants et diversifiés de financements. Grâce à un dialogue permanent entre le secteur public et le secteur privé, Madagascar visera à toujours rester dans le top 10 des meilleurs réformateurs africains.

Un Gouvernement efficace au service des collectivités et du développement local

Fisandratana 2030 favorisera la mise en place d’une administration structurée et outillée pour conduire une véritable politique de transformation. La fonction publique malagasy est peu habituée au défi que pose Fisandratana 2030 de devoir, non seulement gérer, mais transformer l’économie et la société. Pour cela, un renouveau de l’administration malagasy sera nécessaire, pour aller vers une administration neutre, professionnelle et soumise à la loi, et résolument moderne, notamment par son appropriation des nouvelles technologies. Elle devra également mettre en place des politiques publiques mieux alignées aux nouvelles priorités, notamment dans des domaines clés comme la gouvernance économique, la sécurité ou la diplomatie. Elle devra enfin s’appuyer sur une architecture institutionnelle plus stable pour travailler dans la durée.

Une nation malagasy refondée autour d’une forte ambition collective

Fisandratana 2030 répondra à une aspiration forte des populations malagasy pour une gouvernance refondée

La mise en place d’une gouvernance au service des citoyens renforcera la cohésion sociale. La gouvernance a été longtemps le talon d’Achille du développement de Madagascar et son amélioration constituera un facteur clé de réussite de Fisandratana 2030. Il s’agira de lutter résolument contre la pauvreté et d’améliorer de façon significative le bien-être des populations. Il s’agira de renforcer la participation citoyenne et d’assurer une participation effective des populations à la définition et à la mise en œuvre des politiques publiques qui ont un impact direct sur leur quotidien. Pour être légitime, cette nouvelle gouvernance de Madagascar sera intimement enracinée dans la culture, mais elle sera également respectueuse des principes communs ou universaux que sont les droits humains, la démocratie et l’État de droit. Ainsi, une nouvelle éthique et déontologie de l’action publique sera structurée autour de sept principes cardinaux : l’équité, l’inclusivité, la proximité, la sobriété, la méritocratie, l’exemplarité, l’information.

Un nouveau socle de valeurs sera défini pour réussir la transformation de Madagascar. La question des valeurs occupe une position centrale dans la situation actuelle de Madagascar et dans sa trajectoire future. Elle affecte tous les domaines : le fonctionnement de l’État, des institutions, de la société, de la gouvernance locale ; les attitudes et les comportements des populations malagasy par rapport au bien commun ou à l’environnement ; les croyances individuelles et collectives. Réussir sa transformation nécessitera donc pour la société malagasy d’opérer un tri dans le système de valeurs actuel. Deux séries de questions sont incontournables à cet égard : quelles sont les valeurs actuelles qui constituent un frein au développement de Madagascar et quelles sont celles qui pourront l’aider à avancer plus vite ? Comment concilier les valeurs issues des trois sources de la tradition, des religions et de la modernité ?

Un dialogue national de refondation de la nation malagasy sera encouragé. L’agenda de la réforme de la gouvernance ne peut être une prérogative exclusive de l’État. Pour qu’un projet de société aussi important que Fisandratana 2030 soit le plus consensuel possible, il est nécessaire d’assurer une participation effective des populations à sa définition et à sa mise en œuvre. Un dialogue national de refondation de la nation malagasy, impliquant l’ensemble de la société à travers des échanges divers, sera donc encouragé et contribuera à la réussite de ce renouveau de Madagascar.

 

 

 

 

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