oct201703

Antananarivo, 03 octobre (ANTA) : Depuis 1972, le monde rural à Madagascar a souvent été sous-estimé. Serait-ce parce qu’il ne pouvait pas renverser le gouvernement ? On avait laissé les paysans à leur triste sort, a affirmé le Professeur Jean Rasoarahona, Enseignant-chercheur à l’Ecole Supérieure des Sciences Agronomiques (ESSA).Il avait présenté dans la matinée au Café de la Gare Soarano sa brochure sur l’industrialisation basée sur l’agriculture, grâce au soutien de la Fondation Friedrich-Ebert à Madagascar.
A l’unanimité, l’on admet que le développement passe par l’industrialisation. Cependant, le poids de l’industrie dans le Produit Intérieur Brut (PIB) stagne autour de 15% et tend à baisser ces dernières années. Dans son étude, le Professeur Jean Rasoarahona a montré les synergies et les liens entre l’agriculture à Madagascar.
En effet, plus de 75% de la population active travaillent dans le secteur primaire. Bien que Madagascar soit un pays à vocation industrielle, l’agriculture de Madagascar est une agriculture de subsistance à la merci des aléas climatiques.
Les industries agro-alimentaires partagent en commun plusieurs problèmes dont l’absence de vision commune et d’une politique industrielle, l’anarchie des circuits de commercialisation des produits agricoles, l’insuffisance quantitative et qualitative de l’approvisionnement en matières premières et la concurrence des produits importés.
A titre d’exemple, le Professeur Jean Rasoarahona a pris le cas de l’Ethiopie, le pays le plus dynamique en termes de croissance économique d’Afrique. Son PIB per capita a doublé en 10 ans et il a connu une croissance de 10,8% depuis 2005. L’Ethiopie est souvent choisie comme référence pour les pays africains.
Ses atouts résident dans la présence et l’écoute de l’Etat, dans sa stratégie économique bien équilibrée, dans sa politique favorable aux investisseurs et son fort investissement de l’Etat dans les infrastructures.
Il en découle que l’agriculture et l’industrie sont étroitement liées. Plusieurs sociétés malgaches en sont déjà conscientes comme le cas de Socolait. Ce dernier a multiplié par 2,5 ses besoins en lait en utilisant désormais 100% de lait de bœuf si auparavant il importait du lait en poudre. Il ambitionne d’atteindre un besoin en lait de 10 à 15 millions de litre par an.
Les conditions de réussite
Pour ce faire, il est impératif de favoriser le dialogue industrie-paysan afin d’établir une relation de confiance. De la part de l’Etat et des industries, les paysans ont un fort besoin de formation et d’encadrement technique pour garantir à l’industrie un approvisionnement suffisant et prévisible.
Dans ce sens, des efforts considérables ont été déployés par l’Etat à travers le recensement détaillé des bassins de production jusqu’au niveau local et le programme de formation des producteurs. L’on a évoqué durant la rencontre qu’une loi sur le développement de l’industrie sera présentée durant la prochaine session parlementaire.
« Si les conditions des paysans s’améliorent, le monde rural deviendra le débouché des industries », positive le Professeur Jean Rasoarahona. Quand le pouvoir d’achat s’améliore, il devient un marché. Le monde rural sera tiré vers le haut pour qu’il entre dans une logique d’agriculture commerciale.
Nonobstant cette planification commune entre les deux secteurs, tous les ministères ont l’obligation de s’y mettre. « Si vous laissez l’industrialisation au Ministère de l’Industrie, cela est perdu d’avance », a martelé le Professeur Carlos Lopes lors de son passage à Madagascar. L’heure n’est plus à la compartimentalisation du développement. D’autant plus que seulement 1% du Budget de l’Etat est alloué à ce ministère.