HOMMAGE A MANANDAFY RAKOTONIRINA

Antananarivo, mardi 19 mars 2019(ANTA):Manandafy Rakotonirina bête noire des dirigeants et futurs dirigeants de ce pays tire sa révérence, après plus de cinquante ans de présence remarquée sur la scène politique malgache.
Incompris et adulé, étiqueté de tous les qualificatifs, il ne laisse personne indifférent, étant donné que ses adversaires politiques sont en même temps ses amis et ses amis des adversaires.

En 1979 le CSR Manandafy Rakotonirina reçu l’Ambassadeur de la Corée du nord

Ainsi fusent hommages, éloges et images maquillées, certains assortis déjà de langues de vipère judicieusement dosées, RIP oblige.
Vont venir sûr et certain les stigmatisations quand le mini choc de sa disparition se sera atténué, il est quand même en passe de dépasser les quatre-vingts ans.
Manandafy lui-même aurait dit en rigolant que c’est la règle, sa personnalité politique, intellectuelle et morale étant difficile à saisir et à définir bien que physiquement il est facile à caricaturer (en indien avec son nez aquilin à l’image du dernier des Mohicans).
Dans l’embrouillamini des polémiques et des déclarations mielleuses autour de sa personne et de sa politique, il est encore difficile même de tenter tirer un quelconque embryon de biographie. Cela prendra certainement beaucoup de temps.
Il est cependant quelques constantes de sa politique qu’il est possible déjà de faire ressortir, bien que ce soit nécessairement incomplet.
Dès ses premières sorties politiques vers la fin des années 70 dans le rang du MONIMA, Manandafy arrimait déjà sa vision sur l’édification d’un État-nation fort et inclusif, républicain et démocratique, moderne et souverain .Cela par rapport à la social-démocratie, le socialisme scientifique et le socialisme national des trois partis qui dominaient l’espace politique et intellectuel de la première République, lesquels selon lui, ne proposaient pas d’alternative soutenable au néocolonialisme dont Manandafy lui-même ne parle que rarement.
En termes d’objectifs politiques, ceux-là se déclinaient selon les circonstances en éradication des séquelles de la colonisation et du régime précolonial, cela avec le soutien espéré du plus grand nombre notamment ouvriers, paysans et intellectuels; en une croissance économique tirée par l’industrialisation surtout dans le secteur agro-industrie et une restructuration du secteur rural par des réformes en profondeur du régime foncier.
Il est sociologue rural; en création d’emploi des jeunes; en une juste répartition des fruits de la croissance par des institutions sociales collectives ou mutualistes, etc.
Sur cette base, dès qu’il acquit une certaine notoriété politique après 72, il a entrepris des actions, sous forme d’éducation politique, de ciblage des acteurs, de techniques de mobilisation. C’est ainsi que se succédaient au sein et en dehors du parti MFM qu’il a créé en 72 et sur tout le territoire national: séminaires, conférences, ateliers diraient-t- on aujourd’hui pour différentes catégories de personnes notamment les jeunes: chômeurs, étudiants, travailleurs, paysans, sans oublier des entités plus huppées: médecins, ingénieurs, cadres de l’administration et cadres d’entreprises, journalistes, et même des coopérants techniques étrangers.

Souvent invité par le régime en place, ici Manandafy était à Iavoloha lors de présentation des vœux de 2012

À partir de ces formations-consultants, il a formulé des politiques pratiques qui s’apparentent à ce qu’on appellerait aujourd’hui discrimination positive à l’endroit des catégories des régions et des zones urbaines exclues par les régimes précédents.
C’est tout cela que procèdent les idées, les prises de position et les actions de Manandafy depuis 72, assorties de frictions enrichissantes avec le régime de la IIe République: Négociation pour le démantèlement des bases militaires françaises, démocratisation de l’enseignement, Manandafy n’est pas promoteur de la malgachisation de la langue d’enseignement nationalisation, réinvestissement des produits financiers de la nationalisation et plus tard, libéralisation et privatisation.
Depuis 89, en passant par 2002 et 2009, à travers les changements politiques, les traversées du désert, les faux-espoirs: emploi, relations souveraines avec les bailleurs de fonds dits traditionnels et la communauté internationale, commerce international non exclusif, réforme constitutionnelle pour la démocratie, opposition au coup d’État et tentative de retour à l’ordre constitutionnel…
Flatté et admiré, hué et insulté… MANANDAFY reste insaisissable, ferme comme le roc dans ses objectifs et souple comme l’aiguille dans ses approches, tous ses amis-adversaires ne l’oublieront pas de sitôt.