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Les élèves sont très intéressés à l’histoire de l’insurrection du 29 mars 1947 relatée au Tahala Rarihasina Analakely Antananarivo du 23 au 24 mars 2018.

Les élèves sont très intéressés à l’histoire de l’insurrection du 29 mars 1947 relatée au Tahala Rarihasina Analakely Antananarivo du 23 au 24 mars 2018.

Antananarivo, 23 mars (ANTA) : Pendant deux jours, le Tahala Rarihasina Analakely devrait être un rendez-vous inédit pour tout citoyen. Une exposition-photo sur les événements tragiques de 1947 concoctée par l’Observatoire des média et de la communication Ilontsera s’y tient jusqu’à demain.
Anciens documents, photographies, résultats des recherches et surtout révélations ont été préparées conjointement par Ilontsera, ses partenaires et surtout les étudiants en histoire pour nous faire revivre cet épisode marquant un grand tournant dans l’histoire du pays, souvent déformé. Rien que dans la matinée, des centaines d’élèves y sont déjà allés.

Des panneaux d’exposition de photos et de documents sont érigés devant Tahala Rarihasina Antananarivo pour le grand public.

Des panneaux d’exposition de photos et de documents sont érigés devant Tahala Rarihasina Antananarivo pour le grand public.

« Cette édition sera plutôt académique, il y aura un espace pour les chercheurs mais aussi pour le grand public », a affirmé Alex, un étudiant de la Mention Histoire à l’Université d’Antananarivo et un des membres de l’Ilontsera.
A partir de cette exposition, Ilontsera projette de réveiller et de conscientiser les Malgaches face à l’importance de la commémoration de la lutte du 29 mars 1947.
En guise de thème, Ilontsera a repris une fameuse citation du défunt Tsilavina Ralaindimby : « Mila Malagasy mahatsangy, hanoratra ny tantara ».
La force du syndicalisme
Pour cette première journée, deux professeurs éminents en la personne de Jeannot Rasoloarison et de Lucile Rabearimanana et trois férus syndicalistes à savoir Toky Ravoavy, Botoudy et Razakanaivo ont été conviés pour animer une conférence-débat axée sur le syndicalisme à Madagascar.
La première intervention du Professeur d’histoire Jeannot Rasoloarison ayant une habilitation pour diriger des recherches (HDR) fut riche en informations et en révélations.
« Les premiers syndicats à Madagascar, CGT (Confédération Générale des Travailleurs) et CFTC (Confédération Française des Travailleurs Chrétiens), sont les extensions des syndicats français d’antan. Depuis la fin des années 30, les syndicats ont été amenés à s’impliquer dans la lutte contre les diverses injustices de la période coloniale. Cependant, bien qu’accusés à tort, les syndicats ne sont pas impliqués dans la résurrection de 1947 », a-t-il raconté en notant que les premières manifestations furent celles des paysans de l’Est du pays.

Deux professeurs en histoire, Jeannot Rasoloarison (au micro) et  Lucile Rabearimanana (à l’extrême droite) et deux férus syndicalistes, Toky Ravoavy (2è à gauche) et Botoudy (à l’extrême gauche) ont animé une conférence-débat axée sur le syndicalisme à Madagascar.

Deux professeurs en histoire, Jeannot Rasoloarison (au micro) et Lucile Rabearimanana (à l’extrême droite) et deux férus syndicalistes, Toky Ravoavy (2è à gauche) et Botoudy (à l’extrême gauche) ont animé une conférence-débat axée sur le syndicalisme à Madagascar.

Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale, que les syndicats ont pu faire de la politique notons le Mouvement Démocratique pour la Rénovation de Madagascar (MDRM). Toutefois, avec la dissolution du CGT, les syndicats ont mis la sourdine à cause de la répression. Ils ont quand même pu participer aux élections au nom du syndicat ou d’un parti politique.
Vient ensuite le tour du syndicaliste Toky Ravoavy qui a présenté le syndicalisme perçu de nos jours. « La lutte syndicale malagasy est vieille de 80ans. La plupart semble oublier mais le syndicalisme que nous voyons actuellement est l’héritage d’une lutte pour l’indépendance du pays », a-t-il martelé.
Maintenant, les syndicats sont décrits comme un service public à leurs membres et un instrument pour déclencher les mouvements sociaux. « Nous recommandons d’abord les dialogues pour éviter les conflits. Toutefois, l’Etat peut s’accaparer de nos droits si nous ne les protégeons pas », a-t-il poursuivi.
L’intervention du syndicalisme Botoudy du SEKRIMA (Sendikan’ny Kristianina Malagasy) (Ex-CFTC) fut plutôt d’un angle historique. Il a exposé la place du syndicaliste dans la libération de 1947. « C’est en 1884 que la France reconnait le syndicat comme une association pour défendre les droits et les intérêts des adhérents. L’encyclique du Pape Léon XII de 1891 a permis au Pasteur Ravelojaona d’être le premier leader pour Madagascar », a-t-il narré.
Après une forte répression, selon lui, le SEKRIMA s’est réveillé en 1984. Depuis, elle a commencé à participer à la défense des droits des travailleurs en envoyant des rapports réguliers à l’Organisation Internationale du Travail (OIT).
En interprétant les réactions de l’assistance lors de cette conférence, on retient toujours la faiblesse du syndicat dans un pays où, selon certains, n’est pas encore totalement indépendant.

Une vue de l’assistance à la conférence-débat.

Une vue de l’assistance à la conférence-débat.

Encourager les recherches
Les autres questions ont été orientées sur les faits réels des événements 47. Les témoignages nous laissent paraître que des personnes malveillantes sont derrière cette rétention d’information tant à Madagascar qu’en France.
« Des recherches ont été menées par les universitaires malgaches mais elles restent au niveau des universités. Il n’y a même aucune bourse malgache pour de telles investigations. Soit des bourses françaises nous sont proposées soit les dépenses sont à nos frais », a lancé la Professeur Lucile Rabearimanana.
Le Professeur Jeannot Rasoloarison nous a tout de même appris qu’il existe trois types d’archives concernant l’insurrection de 1947 bien qu’elles soient difficiles d’accès. Citons les archives du cabinet civil situées en Aix-en-Provence, les archives militaires de Vincennes et les archives judiciaires.
Concernant les archives judiciaires, il faudra attendre 100 ans après les événements pour les mettre à la lumière du jour pour la protection des personnes concernées au cas où ils seraient encore en vie.
En tout cas, le Professeur Jeannot Rasoloarison a recommandé fortement de nous intéresser plus à notre histoire à travers les livres et de ne pas nous résigner à ce que l’on nous a enseigné à l’école. « Elle devrait être interrogée dans les examens du baccalauréat », a-t-il recommandé en prescrivant une réforme de la politique des ministères concernés.